Au sortir du nuage de couleur d’Artonik (Color of Time), le corps parsemé de pigment alimentaire, je prends place dans l’hémicycle. Le parlement ne commence que dans une heure mais déjà le peuple se presse.

Une demi-heure plus tard, La Brigade d’Invention Théâtrale de Pau toute de rouge vêtue fait son entrée et offre aux spectateurs une brûlante boisson au gingembre pendant que Le Théâtre de l’Unité, Jacques Livchine et Hervée Lafond, et leurs acolytes : Léonore Stirman, Garance Guierre deux chanteuses de cabaret et Didier Super, s’installent.

Jacques Livchine et Hervée Lafond s’interrogent « Qui va présider la séance ? » Jacques Livchine offre ses services. « Non, pas toi t’es trop vieux ? » proteste Hervée Lafond. Faisant mine de chercher dans le public : « il faut quelqu’un de jeune ». Des spectateurs lèvent la main, mais bien sûr aucun ne fait l’affaire alors Hervée Lafond s’autoproclame « Mme la provisoire ». « Toujours les mêmes ! » bougonne Livchine.

Durant une heure les propositions de lois s’enchaînent. Les membres de la Brigade d’Intervention sont en alerte maximale et courent d’un bout à l’autre de l’arène pour donner les micros. Daniel propose un référendum sur le traité transatlantique (TAFTA), Sylvie veut pouvoir accoucher chez elle, Christel demande que les lois soient compréhensibles par tous, Marie suggère d’interdire de dire « c’était mieux avant », Isabelle souhaite que les plats de cantines scolaires soient servis pour les réceptions à l’Elysée, Sylvie, encore ?… Le Théâtre de l’Unité aurait-il des complices parmi les spectateurs ? En effet, des habitants d’un quartier d’Amiens avec qui l’Unité a inventé ce nouveau concept d’assemblée populaire en juin 2014 se sont glissés parmi les spectateurs.

Les idées abondent mais les débats tournent en rond. Autoritaire, Mme La Provisoire coupe les discours maladroits d’un : « Tais-toi ! On s’en fout ! On passe au vote ! Ou encore goguette ! ». Des intermèdes musicaux et poétiques ponctuent les discussions. Jacques Livchine convoque Victor Hugo, Louis Aragon, Artaud, Lorca -et d’autres- mais se sera Didier Super, lunettes rafitolées, tee shirt trop petit et bide à l’air qui aura le dernier mot avec sa chanson -désormais célèbre- Manipulez nous mieux !

On peut regretter que les lois ne soient pas plus réfléchis et les débats plus constructifs mais on se délecte du spectacle de la politique. Satirique, Le Parlement du Théâtre de l’Unité porte avec convivialité et fantaisie l’utopie d’une démocratie populaire et citoyenne.

 

Spectacle vu en août 2015 dans le cadre du Festival international de théâtre de rue d’Aurillac.

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